Mes désirs font désordre - Parenthèse #1 - Les bons sentiments

 

 

"Mes désirs font désordre", ou les chroniques d'une femme au nom de toutes les femmes. 

Dans son quotidien (au coeur de l'intime ou de la vie en société) : elle vit d'instants et d'évènements … comme des parenthèses qui s’ouvrent puis se referment. Heureuses ou triomphantes … combattives ou désobligeantes … ces parenthèses l'impactent et l'interrogent sur sa suite. Son avenir. Comme pour mieux avancer sur les possibles ! 

 

Dans cette parenthèse, la femme se confie sur l'expérience subie, celle du stealthing. Cette pratique qui consiste à retirer discrètement son préservatif pendant un acte sexuel sans prévenir son ou sa partenaire. Une pratique plus répandue qu'on ne le croit. En ligne, de nombreuses victimes, en très grande majorité des femmes, s'en plaignent et un certain nombre de ses "adeptes" s'en glorifient.

 

 

 

 

 

Depuis cette nuit-là, je n’ai cessé de penser à Virginia Woolf. Comme si ses mots et sa quête d’une « chambre à soi » n’avaient jamais autant résonné en moi. Cette chambre … où cette sensation de faire cœur avec son corps. Ou corps avec son cœur.

 

Si par le nombre de mes années passées, mon corps avait fini par être mon refuge, la couveuse de mon âme et de mon intégrité, il en était à présent tout autre depuis cette nuit-là. Depuis cet instant-là, où je me suis rendue compte pendant l’acte qu’il avait ôté le préservatif. Furtivement. A mon insu. Sournoisement. Pour son plaisir. Comme un prestidigitateur mais sans magie. Un illusionniste sans bons sentiments. Un escamoteur de mon consentement.

 

La relation avait commencé quelques temps auparavant, puis duré… suffisamment pour que chez moi, une certaine confiance ou sentiment de sécurité m’invite à l’exercice des plaisirs. Suffisamment, pour que chez lui, la confiance finisse par gonfler son égo puis finalement couronner de tous les droits sa verge. Cette partie visible de son iceberg, sa perversion !

 

En un instant, il avait rompu le pacte...balayé ma condition : le port du préservatif. Une trahison sur l’autel des bons sentiments ! Passée ma consternation, Je l’avais repoussé. Je m’étais extirpée de son poids. De mon lit. J’avais hurlé : « Mais pourquoi as-tu fait ça ? ». Il m’avait juste répondu d’un revers de la main. Mon corps, ma personne, ma dignité avait alors ce prix-là ? Ce revers de main ? Il avait fini par sortir du lit tout en essayant de passer à un autre sujet. Il n’avait pas compris. Il n’avait pas voulu comprendre. Comprendre et assumer sa faute, sa culpabilité !

 

Moi, j’étais paralysée. Mais qui donc avais-je en face de moi ? De qui, avais-je été l’objet ? De la bave d’un crapaud ou de la rage d’un baveux ? D’un caprice d’enfant roi ou du roi des manipulateurs ? J’avais, ni plus ni plus moins, devant moi un agresseur ! Notre duo s’est arrêté là.  A cet instant. Je l’ai mis à la porte de mon intimité. Je n’ai jamais su s’il a pris conscience de son acte, de ce qu’il a fait. Si cet instant est revenu dans sa tête. Dans sa mémoire. Dans son inconscient. Dans sa réalité.

 

Mon voyage, lui, s’est transformé en quête. Dans cette course aux résultats de tests de grossesse, HIV et tout autre MST. Dans l’attente de la vérité, l’angoisse est grande…la fatalité, comme une ombre tentant de vous attraper. Comme si au-delà de sa trahison, sa perversion voulait encore gagner des centimètres de mon corps… de ma chambre. J’y ai repris toutes nos parties de jambes en l’air. J’y ai scalpé les minutes qui me restaient de ces instants pour savoir s’il avait tenté de le faire auparavant.

 

Les dommages se sont arrêtés, heureusement, à l’infraction de mon intimité. Mais, je venais de prendre conscience que je ne serai plus tout à fait la même face à son abus de confiance. J’étais abimée, escamotée. J’étais un double : un corps et une tête à côté de ses pompes. Sans doute, la perception qu’il avait des femmes. Une maison sans personne dedans, comme une maison sans âme que l’on squatte.

 

Comme s’il ne nous appartenait aucun lieu compte tenu du bradage dont je venais de faire l’objet. On faisait mine de vous écouter et de vous respecter, et puis dans la seconde où vous tourniez le dos (sans jeu de mots), on vous volait le plus que vous possédiez. Votre propriété absolue. Votre corps. Cet abri où tout influe, grandit, prend naissance, s’enrichit, vit. En enlèvant le préservatif à mon insu pour répondre égoïstement à son plaisir absolu, il m’avait dépossédée de mon libre arbitre. Il m’avait cambriolé le corps et l’esprit. Il venait de déchirer l’hymen de la dignité humaine !  

 

Je n’ai pas envie d’être colonisée … je veux être explorée avec mon consentement. A mes conditions. Je n’ai pas envie d’être envahie par la fatalité, cette condamnation qui vous ronge et vous range définitivement dans l’autre camp. Ceux des gens effrayés, apeurés et pour qui les choses ne font que passer devant elles. Les choses belles qui ne s’arrêtent plus devant elles.

 

La loi ne sait encore peu posé sur la question. Alors, il faut avoir des talents de nyctalopes. La vigilance à tout épreuve. Avoir l’esprit programmé au risque d’attentat. Sans cesse douter, rester alerte sur le qui-vive, à la porte de votre intime. Tout en tentant de reconstruire cette chambre à soi.

 

 

Cette chronique est aussi disponible en Podcast ! Belle écoute ! 

Pour plus d'informations : 

 

LE STEALTHING, pratique qui consiste à retirer discrètement  son préservatif pendant un acte sexuel sans prévenir son ou sa partenaire est beaucoup plus répandue qu'on ne le croit. En ligne, de nombreuses victimes, en très grande majorité des femmes, s'en plaignent et un certain nombre de ses "adeptes" s'en glorifient. 

 

Contre ce fléau, une avocate américaine, Cristina Garcia, a lancé en Californie le nouveau projet de loi « AB 1033 », afin de faire reconnaître le « stealthing » comme un viol.

 

En France, la question du «stealthing» n’a pas encore été officiellement posée à la justice. Pour l’heure, l’article 222-23 du Code pénal définit le viol de cette façon : «Tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu'il soit, commis sur la personne d'autrui par violence, contrainte, menace ou surprise est un viol». Reste à savoir si dans le cas du «stealthing», la «surprise» pourrait être retenue ou non par la justice.

 

Cette difficulté probatoire, commune à tous les faits relevant de la vie intime, révèle intrinsèquement les limites du droit pénal qui a du mal à appréhender l’abus – absence ou dépassement – de consentement dans les relations charnelles et à trouver le juste équilibre entre liberté individuelle et nécessité de réprimer certains comportements pouvant être qualifiés de déviants.

Devant le machisme de certains et devant une société quelque peu conservatrice, on aboutit vite soit à déconsidérer la victime pour sa naïveté voire sa légèreté, soit à mettre en doute la sincérité de son discours. La sensibilisation, l’information et l’éducation sont les seules armes utiles à éradiquer ce fléau.

 

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