Sara, 33 ans "J'ai dû fuir le Maroc pour vivre la vi(ll)e que je m'étais promise"

 

 Quais de Seine - Paris 1er

 

En plein cœur de son exploration citadine, "Les Ambitieuses" fait une halte, cette semaine, sur les quais de Seine à la rencontre de Sara, 32 ans. Originaire de Casablanca au Maroc, la jeune femme livre, le temps d'une balade, son histoire. Une histoire qui débute face à un dilemme: fuir pour vivre la vi(ll)e qu'elle s'est promise ou subir le poids d'une tradition et société marocaine qui s'immiscent jusque dans la rue. Une rencontre empreinte de contrastes saisissants entre le décor bucolique des bords de Seine, des souvenirs âpres et persistants et la réalité d'une femme, d'une ville à une autre.

 

 

 

Je n'exerce pas mon métier de journaliste. Je le vis. Au quotidien. Jour et nuit. Au cœur de l'humain et de sa réalité. Au hasard d'une rencontre. Au coin d'une rue. Dans un taxi. En terrasse. Au cours d'une balade ordinaire. Dans l'écoute et l'observation.

J'ai rencontré Sara, un soir d'été dernier, lors d'un événement organisé par Facebook et The Family. Y étaient réunies pour témoigner de leur parcours, des femmes "solaires et fonceuses", comme indiqué sur l'invitation. Deux heures d'échange durant lequel se sont suivies sur scène: Axel Tessandier (Fondatrice d'Axl Agency), Hélène Boulet Supeau (COO de Sarenza), Marion Darrieutort (CEO chez ELAN-EDELMAN), ou encore Isabelle Musnik (Fondatrice d'INfluencia). Dans l'assistance, une centaine de femmes écoutaient attentivement leurs pairs en quête de conseils vitaminés et inspirants pour oser, innover et persister, à leur tour, dans la société. Parmi elles: Sara, 32 ans, le sourire avenant et la rencontre facile. Voire évidente.

 

Etre soi-même, un combat

A sa démarche -et bientôt à son histoire- nul ne pourrait le nier: Sara est une battante. Ses mots justes et posés laissent entrevoir une certaine expérience de la vie et de sa capacité à l'analyser. D'une profonde envie d'avancer avec justesse et mesure comme en témoigne la raison de son installation, il y a 6 ans, à Paris. Sa vi(ll)e promise. Ou plutôt due!

Originaire de Casablanca ou plus exactement d'El Jadida -ville située à une centaine de kilomètres à l'ouest de la capitale économique du Maroc– Sara ne s'est jamais véritablement sentie à l'aise dans son rôle de femme, celui que la société marocaine autorise, impose, inflige. Elle va pourtant tenter, très tôt, de s'en s'affranchir au quotidien. Du pas de sa porte, sur les bancs de l'école, dans son équipe de football, au travail, dans la rue, dans la relation homme-femme! La fougue de l'adolescence mêlée à l'encouragement de ses parents est, à l'époque, le carburant à son combat. Et son combat, la raison de son quotidien.

Coûte que coûte, elle trace son sillon vers cette quête de liberté et de considération féminine, par-delà les obstacles inhérents à sa propre réalité et celle de la société dans laquelle elle évolue. Quitte à friser l'insolence pour certains et les qu'en-dira-t-on des autres, peu enclins à voir s'installer une femme en terrasse, la voir se balader en robe jugée "trop courte", ou encore tisser des liens avec des amis garçons.

 

"Coûte que coûte, elle trace son sillon vers cette quête de

liberté et de considération féminine, par-delà les obstacles

inhérents à sa propre réalité et celle de la société dans laquelle elle évolue."

 

Une situation schizophrénique

Mais le poids de la société et ses dangers semblent bien plus forts que ses désirs de liberté. Qu'il s'agisse de flâner dans la rue, sortir avec des amis, il devient difficile pour la jeune fille devenue jeune femme de subir cette pression latente. À mesure que Sara a grandit, les obstacles sont devenus insurmontables, au risque de se perdre dans la vi(ll)e. Tout la rattrape.

Plus que la liberté, c'est son existence en tant qu'être qui est opprimée. Elle se voit définitivement rattrapée par des convenances sociétales qui ne lui correspondent toujours pas et ne lui correspondront jamais. Elle dit côtoyer la schizophrénie d'une jeune génération marocaine rattrapée par le poids et les diktats omniprésents et persistants des plus anciennes. À 26 ans, elle finit par ne plus se reconnaître dans le reflet de l'incohérence dans laquelle elle est tombée par la force des choses. L'écart se fait trop douloureux entre ce qu'elle veut vivre et ce qu'elle est en train de devenir par obéissance. Entre ce qu'elle se souhaite et ce que la société lui inflige.
Pour se retrouver en accord avec elle-même, Sara doit finir par choisir. Par fuir.

 

"Elle dit côtoyer la schizophrénie d'une jeune génération marocaine rattrapée par le poids et les diktats omniprésents et persistants des plus anciennes."

 

Paris, le terrain à son émancipation

Il y a 6 ans, Paris est devenue son second berceau, ce champ des possibles à son épanouissement où il lui est autorisée de flâner, s'installer en terrasse, investir le terrain. Libre et libérée, elle a donc repris possession de l'espace public et tente aujourd'hui de côtoyer d'autres possibles. Car passés l'euphorie des premières heures parisiennes et les états d'âmes d'une vie passée, Sara se rend bien compte que rien n'est joué, ici et ailleurs et qu'il est essentiel d'agir. D'autres terrains se doivent d'être encore investis. L'actualité allait le rappeler, quelques semaines plus tard avec les faits révélés, iPhone au poing et sans assistance, dans un bus à Casablanca où une jeune fille se faisait violer.

Pour Sara, il n'est pas imaginable que les craintes et la peur, l'asservissement et les symptômes d'une société en crise profonde puissent perdurer et imposer aux femmes un choix: fuir ou subir! Elle espère à travers son histoire et son éternel combat faire prendre conscience et inspirer plus d'un. Dans sa ville promise comme dans celle de ses origines.

 

"Pour Sara, il n'est pas imaginable que les craintes et la peur,

l'asservissement et les symptômes d'une société en

crise profonde puissent perdurer et imposer aux femmes un choix: fuir ou subir!"

 

Le courage des un.e.s peut être le moteur des autres

Ce soir-là, les détails de son parcours m'ont interpellée. Le courage dont elle a fait preuve est rentré en résonance avec des centaines d'autres, entendus, racontés, et partagés. Ici et ailleurs. Un témoignage résolument ancré dans la réalité féminine à travers le monde. Qu'il s'agisse de ses variations selon les terrains investis, tout comme du caractère commun de ses obstacles.

 

Sara allait faire partie de l'aventure des Ambitieuses et me donner rendez-vous sur les quais de Seine, où il est autorisé de flâner.

 

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