#5Novembre16h47 : Et demain qu’en sera-t-il de nos retraites ?

26 Nov 2019

 

 « Chaque individu est riche, quelque soit son âge » pourrait être son leitmotiv ! A 34 ans et une chevelure parsemée de blanc, Mélissa Petit est Docteur en sociologie, spécialiste des seniors et des enjeux du vieillissement. A travers Mixing Générations, son cabinet d’étude et de conseil sur les questions de longévité lancé en 2015, Mélissa s’attèle quotidiennement à briser les stéréotypes sur l’âge et à créer des ponts entre les générations. Une expérience et bienveillance envers les seniors qu’elle partage, en 2016, dans un ouvrage « Les retraités, cette richesse pour la France » (aux éditions L’Harmattan). Et plus récemment, en octobre dernier, lors de son passage sur la scène de TedxVincennes sur le sujet : "Sommes-nous tou.te.s condamné.e.s à vieillir ?"

 

 

 

 

© StockSnap / Pixabay

 

 

Depuis le 5 novembre 16 h 47, les femmes travaillent bénévolement et ce, jusqu’à la fin de l’année. Le constat a été martelé, mais ni les causes, ni les conséquences sur le long terme de ce travail gratuit n’ont été évoquées.

 

Des chercheurs comme Françoise Vouillot ou Marie Duru-Bellat se sont particulièrement intéressées à la construction des stéréotypes de genre, menant ensuite aux inégalités de carrière. Dès la socialisation primaire (dans le choix des couleurs de l’habillement, dans les mots employés, dans les jouets offerts mobilisant des compétences différentes), le féminin et le masculin se fabriquent. Cette construction entraine des conséquences en termes de choix d’orientation scolaire, qui modèlent par la suite les inégalités de carrière entre les sexes et créent en partie cette différence de salaire de 15,4 % (selon un calcul des Glorieuses à partir de données d’Eurostat).

 

N’oublions pas non plus les conséquences sur le long terme de ces inégalités salariales qui affectent les femmes et notamment au moment de la retraite. Que dire des 42 % d’écart de pensions de retraite entre les hommes et les femmes en raison des différences de carrières ?

 

Peut être pourrait-on commencer à comprendre que notre situation à la retraite est liée à notre parcours de vie et que le montant de nos pensions est lié à la situation de nos emplois passés, dont celle en fin de carrière. Notons que les écarts de salaire croissent avec l’âge et que les transitions en fin de carrière sont davantage marquées par le chômage et le travail à temps partiel chez les femmes seniors (selon le rapport HCFEA). Les inégalités de sexe ne s’arrêtent pas sous prétexte qu’on a 62 ans, soit l’âge légal de départ à la retraite, mais se cumulent et continuent à perdurer même à la retraite. Le système de retraite cristallise les inégalités de carrière entre les femmes et les hommes. Selon le Conseil d’Orientation des retraites, il faudrait attendre 2070 pour que la pension moyenne des femmes se stabilise autour de 90 % de celle des hommes. De plus, ces inégalités de pension peuvent engendrer des situations de précarité financière pour les femmes, et entrainer des conséquences en matière de niveau de vie, d’accès à la santé, d’accès au numérique, d’isolement, etc.

 

 

" Si à chaque fois les sujets ne sont regardés que d’un bout de la lorgnette, nous perdons l’entendement et la création de solutions durables et efficientes."

 

 

Vous pourriez me dire : « La vie des retraités cela ne change rien à ma vie et en plus demain, la retraite sera morte ». Or, si ! C’est une question qui devrait tou.te.s nous toucher ! Certes, battons-nous contre les écarts de salaire, mais n’oublions pas nos mères et nos grands-mères qui subissent de plein fouet cet écart de pension de retraite dans des situations où, parfois, les vulnérabilités physiques et psychiques leur empêchent tout combat. Probablement que le système de retraite, tel qu’il existe aujourd’hui, s’essouffle, et ne correspond plus réellement à nos parcours de vie, ni à la société dans laquelle nous vivons. Toutefois, nous pouvons retenir que lorsque le système des retraites sera en train d’être repensé, il deviendra nécessaire de le faire en terme de justice sociale et de ne pas se limiter stricto sensu à la retraite. En effet, si à chaque fois les sujets ne sont regardés que d’un bout de la lorgnette, nous perdons l’entendement et la création de solutions durables et efficientes. Bien sûr, nous pouvons préconiser une augmentation des salaires, mais si nous voulons une véritable transformation, nous nous devons de construire une politique publique tout au long du parcours de vie, de l’éducation à la retraite, en mettant au coeur cette réalité des inégalités sexuées pour qu’elles deviennent enfin, demain, un non sujet. 

 

 

Et nous dans tout cela ? Comment collectivement et individuellement pouvons-nous nous engager ? 

  • Au niveau des politiques publiques : Revaloriser le minimum vieillesse des personnes seules sans ressources qui sont le plus souvent des femmes (d’un montant actuel de 868, 20 € par mois). 

  • Au niveau des politiques publiques : Construire une politique publique tout au long du parcours de vie, de l’éducation à la retraite, en mettant au coeur la réduction significative des inégalités sexuées.

  • Au niveau des organisations et structures activistes : Veiller à la complexité des sujets et prendre en compte l’âge quand on parle du féminin, et prendre en compte le féminin quand on s’intéresse aux plus âgés.

  • Au niveau des individus : Déployons des micro-résistances du quotidien et faisons attention aux stéréotypes sexués que nous véhiculons. 

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