Anne Dhoquois et Gaëlle Bidan : « Le jeu peut être une arme efficace contre les préjugés »

 

Face aux préjugés, Anne Dhoquois et Gaëlle Bidan ne cessent de déployer leurs armes pour les combattre …ou plutôt leurs cartes !  Après Unda, le  premier jeu de société sur les cultures urbaines, créé en 2017, les deux femmes viennent de lancer Héroïnes, un jeu de cartes engagé dans lequel sont réunies, à juste titre, les héroïnes d’hier. « Le jeu 100% féminin où les hommes sont tolérés » est disponible en pré-achat via une campagne de Crowdfunding. 

 

Héroïnes, derrière cette nouvelle initiative ludique à l’empreinte conquérante et engagée, se profilent les visions de deux femmes. Anne Dhoquois, journaliste indépendante qui porte depuis plus de vingt ans, son regard pour tenter d’ouvrir celui des autres sur les quartiers populaires ; et Gaëlle Bidan, éditrice et passionnée de jeux. Deux femmes qui après s’être rencontrées dans une maison d’édition ont finalement décidé de mettre à profit leurs étincelles créatives au service de leur intuition : le jeu, comme arme efficace pour lutter contre les préjugés. « Avec un livre, on convainc les convaincus ou les gens déjà acquis à la cause. Alors qu’avec le jeu, on peut toucher plus de gens. » 

 

De cette intuition et ambition, est née leur entreprise d’édition de jeux : A&G Editions, et Unda le premier jeu de société sur les cultures urbaines, s’inspirant de la vie dans les quartiers populaires encore trop souvent stigmatisés. « Nous nous sommes tout de suite rendues compte que notre jeu plaisait aussi bien aux féru.e.s de culture urbaine qu’aux néophytes.»  Mis en 2017 entre les mains des joueurs, le jeu a pris aussi vite que les premiers préjugés sont tombés. « De la convivialité et de l’expérience ludique peuvent émerger des prises de conscience, loin de tentations moralisatrices ou culpabilisantes. », tiennent à préciser Anne et Gaëlle. De cette observation, leur crédo, elles ont ainsi décidé d’en faire leur marque de fabrique. Leur aventure se poursuit aujourd’hui avec la création d’Héroïnes : le premier jeu 100 % féminin, où les hommes sont tolérés ! 

 

 

« De la convivialité et de l’expérience ludique peuvent émerger des prises de conscience, loin de tentations moralisatrices ou culpabilisantes. »

 

 

Pour que les héritières rencontrent leurs héroïnes 

Avec Héroïnes, Anne Dhoquois et Gaëlle Bidan se sont réapproprié le passé pour mieux conquérir le présent. De leur engagement sociétale, est ainsi née une nouvelle partie de plaisir et de découverte. Un jeu des 7 familles revisité où femmes politiques, scientifiques, artistes, figures contemporaines ou historiques, personnages réels ou de fiction, originaires de France et des quatre coins du monde figurent au rang de femmes d’exception. Une centaine de femmes qui pour certaines sont célèbres ou distinguées pour leur œuvre ou leur découverte, leur audace ou leur courage. Et pour d’autres méconnues ou effacées de notre mémoire collective. D’Anne Frank, Marie Curie, Simone de Beauvoir, Arya Stark, Jeanne Lanvin, Niki de Saint Phalle, Alexandra David-Néel à Ma Dalton toutes ont leur place dans les familles que les deux créatrices ont dessinées. Des révoltées, aux effacées, icônes, puissantes, guerrières, féministes et pionnières, le jeu est une véritable odyssée à travers laquelle on réalise à quel point les femmes ont pris part aux grandes aventures humaines et marqué notre imaginaire. « C’est le sens de ce jeu et l’hommage que nous leur rendons. » Une manière aussi pour que les héritières d’aujourd’hui rencontrent les héroïnes d’hier. 

 

Et si sous couvert, d’un support ludique, on pourrait avoir tendance à penser que la précision des  informations et connaissances apportées n’est pas aussi précise qu’une encyclopédie, détrompons-nous. Anne et Gaëlle ont poussé l’excellence à la hauteur des ambitions des femmes qui y figurent. « Nous voulions être à la hauteur de toutes ces femmes qui n’ont inspirées. » C’est d’ailleurs ce qui a séduit la grande historienne et féministe de premier plan (du mouvement

MLF) Michelle Perrot, marraine de cette édition. Une héroïne, elle aussi, témoin et actrice de l’histoire des femmes. Une caution scientifique hors pair. « Elle connaît tout, elle nous a beaucoup apporté, a vérifié toutes nos héroïnes, toutes les femmes qu’on avait choisi à l’intérieur du jeu. »

 

 

Dans l’affirmation plus que la revendication

Au même titre qu’être féministe est une évidence, Anne et Gaëlle ont voulu porter cette influence positive jusque dans la formulation des questions. Par le prisme de l’affirmation plus que de la revendication, les questions ont été abordées dans ce sens. Comme si l’ambition féminine était évidente depuis des temps. Une nuance notoire, pour ne plus jamais remettre en question ou ignorer l’audace de ces femmes du passé. Pour exemple : « A propos de Marie Curie, nous n’avons pas écrit : “Quelle est la seule femme qui a reçu deux prix Nobels ? ”. On a plutôt formulé la question à travers l’anecdote du journaliste qui un jour lui a posé la question : “Qu’est ce que cela fait d’avoir épousé un génie ?”. » Une question à laquelle Marie Curie avait répondu : “Allez donc demander à mon mari.”

 

Autrement dit Héroïnes, ce veut un jeu d’empowerment. « Le but est de dire que tout est possible. Tout est permis. Certes il faut le vouloir mais à travers ces exemples, il n’y a rien qui ne nous en empêche », précise Gaëlle. Un merveilleux outil pédagogique que de nombreuses structures (écoles, bibliothèques, associations…) pourront mettre à profit pour faire passer des messages de tolérance, de solidarité, d’égalité. 

 

 

"Le jeu 100% féminin où les hommes sont tolérés"

 

Mais un jeu avant tout ! 

Mais Héroïnes reste avant tout un jeu accessible à tous : dès 10 ans, filles comme garçons, des plus connaisseurs aux plus tactiques. Comme dans la société, nul besoin de connaître toute l’histoire des femmes ou du féminisme, pour s’en approcher. Faut-il avoir cette soif de connaissance et l’audace de vouloir déconstruire ses propres a priori. Les règles ont d’ailleurs aussi été imaginées dans ce sens. « Toute la problématique du jeu a été de faire découvrir des héroïnes que personne ne connaît. Et donc c’est à partir de là qu’on a mis en place le défi dico. » Le défi du « dico » ou encore celui du  « mimo »  qui consiste à mimer une ou des héroïnes. De ces défis en plein cœur de cette odyssée féminine, tout le monde s’y est adonné pendant la phase de développement et de testing du jeu. Pour la petite anecdote, c’est un homme qui a suggéré le sous-titre "Le jeu 100% féminin où les hommes sont tolérés"  en se disant « Moi aussi je veux être de la partie et je veux apprendre ! »

 

Le jeu Héroïnes sera lancé à l’automne prochain et en vente sur Internet et dans les magasines partenaires. En attendant, vous pouvez d’ors et déjà pré-commander votre exemplaire et soutenir par la même occasion cette initiative ludique via la campagne de crowdfunding sur Kiss Kiss Bank Bank : https://www.kisskissbankbank.com/fr/projects/heroines--2/tabs/description. Une collecte qui permet la fabrication du game play engagé ! 

 

 

Réhabiliter les effacées ou oubliées pour que les héritières rencontrent définitivement leurs héroïnes et s’approprient le présent, telle est l’ambition d’Anne et Gaëlle. Une ambition à soutenir ! 

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