Tout ce qu’elle veut, c’est en profiter.

28 Nov 2018

 

Paris 10, Place de la République.

 

Elle pourrait s’appeler Lola. Croisée au détour de pavés, tirant doucement sur une cigarette, le regard scrutant le brin de soleil, place de la République. Les yeux épuisés de s’être trop écarquillés, un sourire perdu dans le vague flottant encore sur son visage amène. Ses lunettes comme écran de sûreté face à la lumière du monde retiennent ses cheveux bien mieux qu’elles ne protègent ses yeux. Elle n’a pas conscience qu’on l’observe, qu’on lui sourit. Non, elle guette la foule avec une nonchalance empreinte de douceur.

 

Aujourd’hui elle attend.

 

Mais hier soir, on l’attendait. A cette soirée bien trop prévue pour être improvisée. Cette soirée dans l’appart de l’ami de son ami, ou peut-être d’un autre ami. Elle ne sait plus, ce qu’elle sait, c’est qu’on l’attend. Alors qu’elle, elle attend que s’égrène les minutes pour que son vernis sèche. Elle est à la bourre, elle le sait. Mais c’est dans ces moments où le temps attend qu’elle prend le plus de temps. Du temps pour elle, elle en avait besoin. Elle court, partout, une course contre la montre qui démontre sa niac. Rage de vaincre qu’on lui disait ? Elle appelle ça l’ambition.

 

Mais hier soir, elle ambitionnait d’arriver à l’heure. A l’heure où blanchit le champagne. Munie d’une coupe, elle a fait la fête avec brio, pas de défaite. Elle a assez ri, assez dansé, assez souri. Jamais de trop avec elle. Et puis, quand il s’agit du bonheur, elle garantit d’être à l’heure.

 

Elle le cherche dans la foule, celui qui hier la cherchait un peu saoul. Pompette, il scrutait dans chaque chevelure blonde son arrivée. En retard, comme par hasard. Lui ce qu’il voulait, c’était un prétexte pour la revoir. Alors autant en profiter pour trop boire.

 

Et finalement il a gagné, la belle essoulée a accepté de le retrouver. « J’aurais un pull blanc » lui a-t-elle glissé malicieusement.

 

Aujourd’hui elle attend.

 

Son ambition, c’est d’être heureuse. Avec lui, avec un autre, seule, entourée, tout ce qu’elle veut, c’est en profiter. Et voir se profiler à chaque rue de Paris, une parcelle de joie, un éclair de bonheur.

 

Elle est cette femme dans la ville, et si tu enlèves à la ville ses ailes, il lui reste la vie. 

 

 

 

 

 

La suite ? 

 

Nous avons transmis la nouvelle à cette jeune femme avant la publication de la nouvelle. En réalité, Lola se prénomme Jovana. Dans un mail, elle nous a transmis ce qui suit : 

 

"Un portrait imaginaire, tout aussi surprenant qu'intriguant. Nora Bussigny posséderait-elle un sixième sens ? Chaque ligne, chaque mot me fait écho. La véracité des propos n'est pas importante, mais les émotions qui s'en dégagent et leur proximité avec ma réalité le sont. Nora a-t-elle su percer mon mystère ? Est-il vraiment possible de lire en quelqu'un comme dans un livre ouvert ? La rage de vaincre est ma devise, et je suis bouleversée qu'au moins une personne ait su la lire en moi par un simple coup d'oeil."

 

 

 

 

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